Le syndicat des artistes plasticiens vient de voir le jour. Il s’agit, selon son appellation, du Syndic’art qui compte, comme nous l’indiquent ses responsables, «œuvrer pour le bien des artistes mieux qu’on ne l’a fait jusque-là et», surtout, «tenter de solutionner les situations de plus en plus conflictuelles vécues par bon nombre d’entre eux».
Ne soyons pas alarmistes, mais disons qu’il est bon parfois — tous les quinze ou vingt ans, par exemple — de «se mettre des artistes sous la loupe» pour voir dans quelle situation ils vivent et si, en matière de droit social (avec ses rares données administratives) ou fiscal (a-t-il vraiment inspiré nos juristes en la matière?), le panorama artistique en Tunisie a évolué?
Depuis le temps que nous sommes dans ce milieu c’est, en tous les cas, la première fois que l’on insiste «avec la plus grande urgence» sur le «statut personnel de l’artiste» et dans cette nouvelle conjoncture «du droit et des faits». Statutifier un artiste ? et pourquoi pas ? Il s’agit, dans cet ordre d’idées d’arriver — et ce sera le rôle du bureau du Syndic’art, pas très aisé d’ailleurs —, de cristalliser les problèmes pratiques et de techniques juridiques. Comme le soulignent André Nayer et Suzanne Capiau(*), le statut des artistes a trois points d’ancrage privilégiés : le droit civil, le droit social et le droit fiscal. Ces deux chercheurs étaient d’ailleurs venus au CCI d’Hammamet, à l’époque des rencontres et du dialogue des cultures euro-arabes, nous rappeler, grâce à leur propre expérience, que «l’artiste n’a pas besoin de droit pour exercer son art, car c’est le droit qui se saisit continuellement de lui» et «comment re(créer) et dans quelles situations ? Pour quel employeur premier ‘‘regardeur’’, privilégié (l’amateur d’art ou l’Etat) ou au prix de quelle indépendance exigeante?» quitte pour tant d’articles aujourd’hui à honnir ces artistes de lois, règlements, circulaires, contrats… que nous attendons de voir paraître enfin.
Certains nous dirons que ce travail aurait dû être fait depuis bien longtemps par l’Union des plasticiens tunisiens que s’il ne pouvait (ce dernier) se mêler de problèmes juridiques ou purement administratifs, il aurait au moins posé les préliminaires juridiques à la création (moins chez les artistes indépendants que chez les salariés) qui auraient pu clarifier certaines situations litigieuses.
Quoi qu’il en soit, il reste un grand rôle à jouer, tant pour l’Union dans les promesses qu’elle tiendra ou ne tiendra pas, que pour le Syndic’art qui devra, dès lors, établir une définition juridique pour cette profession d’artiste sans contour précis, d’aucune sorte. Verra-t-on ?
B.B.N.
——————
(*) Le droit social et fiscal des artistes (Ed. Pierre Mardaga)